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Triptyque

Couleuvre venimeuse

Où Françoise confie à son journal ses comparaisons zoologiques ; où elle surprend Frédéric avec d'inédites aptitudes ; pourquoi Frédéric s'intéresse à l'anthroposophie ; ce qu'il pense de l'écologisme.

D’une certaine façon, j’ai eu le dernier mot. Je leur ai bien montré, à sa sœur, et aux PETITES CHÉRIES. J’étais la seule à l’aimer vraiment, le suivant par la pensée, même quand j’apprenais qu’une autre était dans ses bras, le FUMIER. Lui aussi, s’il pouvait, snif, il verrait. Qui l’a réellement aimé, au point de TOUT accepter. Il n’y a que toi, disait-il parfois, quand je l’amenais au plaisir. Il n’y avait que moi pour satisfaire son égoïsme d’homme, qui prend et ne donne rien. Juste une mince caresse sur la tête, comme on flatte un chien fidèle.

JAMAIS Frédéric ne s’est douté, quel naïf, malgré les indices que je lui donnais, malgré moi, ou peut-être exprès. Il se croyait si malin, si supérieur. C’était moi la lucide, qui voyait clair.

S’il avait su, il aurait hurlé au scandale, que c’était dégueulasse, écœurant, indigne. Comme si la ruse et l’espionnage n’étaient pas chose normale, quand on doit s’opposer à la FORCE ! Ils se croient tout permis. J’ai lu le bouquin de TRIERWEILER. Lui aussi, Hollande, se croyait tout permis. Quel retour de bâton ! En plein dans sa gueule d’hypocrite, qui voyait sa compagne comme un torchon qu’on jette après usage. Certains parlent de coup bas. Il aurait fallu qu’elle avale tout ça, parce qu’il avait trouvé une minette plus jeune ? Quand on est petit, quoi d’autre que les coups bas ? Moi aussi, j’ai tout avalé, au propre comme au figuré. Sa couleuvre et son venin. J’en ai encore le goût salé dans ma bouche, AH AH.

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Pour sa première sortie avec son nouveau bateau, Frédéric avait choisi la Mer Égée, pour un adieu à la Méditerranée. Pendant les dix années précédentes, il avait sillonné les eaux de la Grèce et de la Turquie, d’Eubée à Antalya, de la Crète à Istanbul. Retourner en Mer Égée, c’était aussi une façon de saluer une dernière fois son précédent voilier, vendu en Grèce. La croisière avec Françoise, de Hyères à Palerme, constitua la première partie de ce programme.

Deux surprises marquèrent cette étape. Était-ce l’influence émolliente de la mer, ou simplement une vague nausée ? Toujours est-il que Françoise se montra mesurée, essayant de participer sans s’imposer, dans un univers tout nouveau pour elle.

La seconde surprise vint lors d’une escale à Bonifacio, après quelques boissons anisées pour saluer la réparation du réfrigérateur. Alors qu’il préparait le dîner, une main s’aventura du côté de son short. Intrigué, il vit Françoise s’accroupir, tirer son vêtement vers le bas, prendre son sexe dans sa bouche… Son ouvrage mené à bien, elle remonta sans un mot dans le cockpit, laissant Frédéric à ses casseroles. Jamais elle ne s’était conduite comme ça, de façon aussi directe qu’efficace. Du coup, elle fut admise dans la cabine avant, où elle allait perfectionner son savoir-faire tout neuf. Frédéric se demanda comment elle l’avait acquis.

Pour autant, ce qui était prévu devait être exécuté. Françoise débarqua dans l’île d’Ustica, et prit la navette pour se rendre à Palerme. Vu l’évolution de leurs relations, il s’attendait à des récriminations. Mais rien. Il s’était peut-être trompé.

Plus tard, il retrouva son ancien bateau et son nouveau propriétaire sur l’île d’Égine. Frédéric appréciait Nicolas, et pas seulement comme acheteur. Ils avaient le même âge, à peu près, mais Nicolas était à la retraite. Jovial, compétent, il était très influencé par son ancien métier. L’ancien Commandant de Bord faisait selon le manuel, et pas autrement. En revanche, sa vie privée ne manquait pas de pittoresque. Il était marié à une charmante asiatique, et lui avait fait un enfant, ce qui ne l’empêchait pas de vivre avec sa maîtresse. Les deux femmes étaient devenues de bonnes amies. Ce ménage à trois se partageait l’éducation du petit garçon, qui régnait en maître sur ces adultes. Malgré sa retraite pharamineuse, Nicolas était très à gauche, mais cela ne diminuait pas la sympathie que Frédéric ressentait pour lui. D’ailleurs, s’il lui avait fallu limiter ses amitiés aux personnes ayant la même sensibilité politique que lui, il aurait pu tout de go se faire ermite. Plus tard, quand Nicolas apprendrait que Frédéric était de connivence avec la bête immonde, une réciproque tolérance ne serait pas exercée. Il suffisait de définir le diabolisme pour envoyer les impies au bûcher.

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Les deux voiliers firent route de conserve jusqu’à Siros.

Le Meltem soufflait puissamment. La compagne de Nicolas préféra rester à Siros, en attendant l'embellie. Frédéric leur fit ses adieux, et poursuivit vers Mikonos. Il fit connaissance d’une Allemande dans la quarantaine sportive, Hilda. Séduit par son allure un peu sauvage, il la prit à bord. On conversait laborieusement en anglais. Elle embrassait les arbres, qui lui répondaient. Elle se rendait malheureuse avec les souffrance de la planète et celle des animaux. Elle adhérait à la philosophie de Rudolph Steiner, qui avait découvert l’anthroposophie. Hilda disait les vertus du tantra, du yoga et du shiatzu. Son cœur débordait de pitié doucereuse et condescendance. Insidieusement, elle tenta de catéchiser Frédéric. Il répondait par des « hon hon » qui n’insultaient pas un avenir fait de curiosité d’ordre intime. Esprit libre, Hilda se plaignait de ce que les repas ne fussent pas pris à une heure normale, l’heure teutonne, à dix-huit heures. Se réclamant de l’anarchisme, elle méprisait les formules de politesse traditionnellement germaniques, les « danke schön » et « bitte schön » dont ses compatriotes usent et abusent. Quant aux suggestions de mieux faire connaissance, elle allégua que son corps n’était pas encore prêt. Curieux de l'anthroposophie, Frédéric découvrit que Steiner estimait que la terre était la manifestation d'êtres spirituels, et qu'elle passerait par des incarnations successives selon un rythme septénaire. L'humanité en était à la quatrième incarnation. Au bout d'une semaine, alors que « Marjolaine » avait fait route jusqu’à Poros, Frédéric décida de se libérer de cette conne, exemple type de la brave fille un peu limitée, qui aurait sans doute fait, sans une stupide prétention à un intellectualisme de bazar oriental – un peu de tout, en vrac, clinquant et bon marché – une brave paysanne, une honnête ouvrière, mais que les idées à la mode avaient transformée en une imbuvable emmerdeuse, n’offrant même pas de satisfactions sexuelles. Il s’en débarrassa en la confiant à un voisin de quai, contre dédommagement, le temps qu’Hilda attende un ferry pour rentrer à Mikonos. Poussée à bout par ce congédiement, Hilda confessa son rêve : avoir une grosse bite pour enculer les hommes. Les femmes avaient-elles besoin de cet accessoire ? D’une cabine téléphonique, Frédéric appela Françoise.

- Tu peux séjourner à bord jusqu’au 12 juillet. Ensuite, ma fille Mathilde, et Valentine, la fille de ma cousine, viennent me voir. Ça nous laisse presque un mois. On pourrait faire le tour du Péloponnèse, puis remonter jusqu’à Corfou, où elles doivent arriver.

Françoise retrouva son calme pour demander des précisions.

- Alors je reprendrais l’avion de Corfou ? Et où dois-je te retrouver, en arrivant ?

- À Égine. Tu peux prendre l’avion pour Athènes. Ensuite, un taxi jusqu’au Pirée. Là, tu cherches le ferry pour Égine. Il n’y a qu’une petite heure de voyage.

- Où es-tu actuellement ?

- À Poros. Je serai à Égine après-demain.

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Poros, vendredi 11 juin 2000

L'écologie est une science. L'écologisme est une croyance, une idée, un rêve pour fillettes en manque de catéchisme, un bréviaire illustré par des ours polaires pacifiques et menacés, d'eau limpide et de prairies verdoyantes, d'arbres complices et d'animaux gentils, d'humains rêvés tels qu'il n'en a jamais existé, dont l'archétype hollywoodien est l'Indien précolombien, fier et modeste. Hilda est écologiste parce que ça ne fait de mal à personne, n'est-ce pas ? Ce n'est pas comme toutes ces idéologies. L'écologisme est une pensée confortable, riche d'affect et pauvre d'esprit, une pensée féminine, où approximations et contradictions ne gênent pas plus les dévots qu'un dieu unique et triple en même temps ; une pensée mignonne, prétendument inoffensive. « Une religion de la pitié, à laquelle on voudrait nous convertir, disait Nietzsche : « Ah, nous connaissons trop bien les petits jeunes gens et les petites femmes hystériques qui ont besoin de s'en faire un voile et une parure ! »

Hilda, que je viens de débarquer, est écolo, furieusement, à l'allemande. Françoise, qui arrive après-demain, l'a été de façon plus mesurée, à la française. Elle a voté écolo, ne sachant pour qui opter, comme les socialistes déçus : une église de substitution..

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