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Triptyque

Dés pipés

Quand Frédéric décrypte, assiste à une leçon de guitare, et se méprend sur le futur ; où il s'interroge sur les comportements addictifs, et sa fille, sur la mort ; où son journal témoigne de ses révoltes, tandis que Françoise, dans le sien, s'indigne et accuse, huit ans plus tard.

 

L’heure clignotait dans un coin de l’écran. 18.07, 28 avril 2008. Frédéric ferma son journal, dans lequel Françoise verrait plus tard se confirmer, outre les mails échangés avec les postulantes de Frédéric, cette nouvelle infamie, ce recours à un site de rencontres.

Il était temps d’aller chercher Mathilde. Il ferma soigneusement la porte de l’appartement, empocha l’imposant trousseau de clés et descendit. Il avait rangé et nettoyé l’intérieur de la petite auto. Il doutait que cet état de propreté puisse durer, vu les dispositions de la propriétaire, mais elle serait tout de même sensible à cette attention.

Pont de Bercy, Palais des Sports de Bercy, Place de la Nation, Porte de Vincennes, Cours la Reine… Demain, il donnerait les clés de la Peugeot à une amie de Françoise, Simone, qui allait la rejoindre en Normandie, accompagnée de son mari, un vieillard à moitié impotent, atteint pas la maladie d’Alzheimer, époux dont la dite Simone s’occupait avec un dévouement « admirâââble ». Françoise lui avait également décrit leurs rapports comme ceux d’un couple lié par des sentiments d’une intensité rare. Françoise ne disait jamais rien sans avoir quelque chose derrière la tête, et cette chose le concernait souvent de près. Frédéric n’avait pas voulu discuter de cette rare intensité. Amateur de cryptes, il se demandait quels étaient les moyens d’existence de Simone, et le montant de la retraite de son grabataire de mari.

Une place était libre entre deux poubelles. Mathilde l’attendait, son étui à guitare posé dans le vestibule. Isabelle était seule avec les enfants.

- Tu n’oublieras pas de me laisser l’argent ?

- J’allais le faire.

Il sortit de sa poche les billets de cinquante euros qu’il avait préparés. Le montant de cette pension avait été décidé sans trop de difficultés, peu après son départ en mer. Dans un premier temps, avant qu’il ne quitte la terre ferme, il ne versait rien. À ses yeux, c’était normal, puisqu’il n’avait aucune faute à se reprocher, et qu’il s’occupait de Mathilde plus qu’à mi-temps. Isabelle bénéficiait ainsi d’une nounou entièrement gratuite, et aux horaires excessivement souples. Elle arrivait quand elle pouvait, le soir. Exténuée par sa journée de travail comme vendeuse d’espace pour un magazine automobile et par les temps de transport, elle surgissait comme un cyclone dans l’appartement. Que Mathilde fût en train de jouer ou de regarder son émission préférée, il fallait partir à la seconde, en la menaçant, sinon, de la laisser là. Des années plus tard, Frédéric, qui avait rêvé pour sa fille d’une enfance pleine de quiétude, ne pouvait penser sans un haut-le-cœur à tout ce gâchis.

Quand il avait été sur le point de partir en mer, Isabelle lui avait demandé une participation aux dépenses effectuées pour la petite fille. Olivier, son mari de fraîche date, appuyait cette requête, se plaçant quant à lui sur le plan des symboles et de la psychologie. Frédéric était bien d’accord, mais dut quand même se tordre un peu le bras pour accepter. Il allait devoir payer de nombreux billets d’avion pour que sa fille vienne le rejoindre, et, après tout, à qui la faute ? D’ailleurs, en y regardant de près, parler de départ était une expression biaisée. Il ne partait pas. C’était Isabelle qui était partie. Lui allait s’éloigner, tout simplement. Son domicile à terre allait devenir maritime, son domicile proche allait devenir lointain, certes. Mais n'était-ce pas une chose qui pouvait s’envisager, quand on décide unilatéralement une séparation ? Le domicile principal de Mathilde allait être celui de sa mère. Cela aurait pu être celui de son père. « Isabelle aurait pu décider d’habiter au Pérou, ou ailleurs, expliquait-il avec passion à qui voulait l’entendre. Dans ce cas, qui aurait payé le trajet pour que je voie ma fille ? Moi, évidemment. Les dés sont un peu pipés, non? Où est le principe de réciprocité ? »

Cette logique pointilleuse n’avait nulle probabilité de s’imposer. Il le savait. C’est toujours la force qui dit le droit. Et la force, en l’occurrence, était du côté de celui, ou plutôt de celle, qui tenait l’enfant en otage.

Mathilde vint dans l’entrée enfiler ses chaussures, et prit une veste légère.

- On y va, ma chérie, sinon tu vas être en retard. C’est tout ce que tu mets, avec ce froid ?

Quarante minutes plus tard, ils arrivèrent près de la Place d’Italie. Isabelle et Olivier avaient emménagé depuis longtemps à Montreuil, mais le cours de guitare avait toujours lieu dans le treizième arrondissement. Frédéric gara la voiture non loin de la rue Le Dantec où, sept ans plus tôt, Françoise l’arrosait de peinture. Mathilde avait alors huit ans. Elle en avait maintenant presque quinze. Frédéric s’émerveillait du changement, entre la fillette qu’elle était et l’adolescente qu’il accompagnait ce soir-là. Chez le jeune professeur, il s’installa dans un coin, essayant de se rendre transparent pour ne pas gêner la leçon. Il revint à ses pensées, et imagina l’indignation qu’il soulèverait en parlant d’otage à propos de cette jeune adolescente en train d’accorder sa guitare. Et pourtant ! Quand Isabelle était partie, n’avait-elle pas, en somme, enlevé cette enfant à son père ? Ne devait-il pas payer pour la voir ? Ne versait-il pas une lourde rançon, sous forme d’une blessure toujours ouverte ?

Familles recomposées… Encore un abus de langage. Une famille, c’est les parents et les enfants. Quand les parents se séparent, la famille se décompose sans possibilité de re-composition. Ce qui se recompose, c’est le couple, pas la famille. L’emploi de certains mots montrait bien que ce qui primait chez les locuteurs, les légistes, les spécialistes, c’était la dyade mère/enfant ; le fil rouge, c'était le vécu affectif de la femme, le reste suivait.

 

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Mathilde grattait quelques accords, hésitait, se reprenait. Ce n'était guère convaincant, cette leçon. Elle n’avait visiblement pas travaillé ses exercices. Le professeur, puisqu’il fallait appeler ainsi ce guitariste d’une trentaine d’années, ne lui faisait aucun reproche. Sans doute n'allait-il pas prendre le risque de perdre une cliente. À combien, d’ailleurs, la séance ? Frédéric n’avait pas posé la question. Si Olivier-catogan voulait dépenser de l’argent pour ça, pourquoi pas ? En bon fils de bourgeois, il avait dû être assis, petit, devant un piano, parce que c’était bien d’apprendre le piano. Frédéric n’avait rien contre l’apprentissage d’un instrument, naturellement. Il pensait simplement que les leçons de guitare auraient dû accompagner un véritable engouement pour la musique, et non pas tenter de le susciter. Or, visiblement, Mathilde se contentait d’aller au cours, une fois par semaine, parce qu’on lui avait dit qu’il fallait y aller. Pour Frédéric, la musique était une passion. On en faisait, pour sa fille, un art d’agrément. Rencontrer la musique sans que cela vienne au départ de soi, et uniquement de soi, c’était aussi improbable que de vouloir rencontrer l’amour en épluchant les annonces d’un site matrimonial, pensa-t-il avec à-propos.

Maintenant, le professeur accordait la guitare de Mathilde. Le cours en était presque à la moitié, et Frédéric aurait été bien incapable de dire à quoi il avait servi jusque-là. Le jeune homme prit son instrument et fit une démonstration brillante. À son attention ? Peut-être voyait-il dans le père de son élève un témoin critique de ses qualités de pédagogue, et un possible indicateur, susceptible de lui faire perdre sa pratique. S’il savait combien il s’en foutait, le père, de la qualité de son enseignement ! Tout ce qu’il voulait, le père, c’était que Mathilde soit contente, et elle l'était sans doute, de prendre des cours, et de pouvoir de temps en temps briller auprès de ses copines. Tout ce qu’il craignait, le père, c'étaient ces trajets en métro, entre Montreuil et la Place d’Italie, à neuf heures du soir.

 

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- Non, mets tes doigts comme ça. C’est ce passage de si bémol septième à fa mineur que tu as du mal à faire… Tu aurais dû travailler!

Mathilde jeta un coup d’œil vers son père, qui lui sourit en retour, avec un petit haussement de sourcil qui signifiait : eh oui, tu aurais dû, mais c'était juste pour la forme. Il se sentait bien, Frédéric, avec sa fille à quelques pas de lui, ses cheveux dans les yeux, et sur les yeux les lunettes dont il lui avait offert les montures, choisies après de très longues hésitations chez un opticien de Montreuil. Il observa les doigts fins de Mathilde sur le chevalet, ses poignets fragiles. Sa mère avait des mains et des doigts carrés, comme sa personnalité : carrée, sans angles, d’un seul bloc.

Le surlendemain il serait dans l’avion pour la Martinique. Il y aurait de nouveau la perspective de tous ces mois sans Mathilde, jusqu’en juillet. Il ignorait que, pour la première fois, en cette année 2008, elle ne viendrait pas pour les grandes vacances.

Il serait bientôt débarrassé de tous ces vêtements qui le gênaient. La ville était une horreur, et n'aurait été supportable que si une vie brillante avait compensé l’entassement. Mais on était loin du compte. Sortir ? tout vous en dissuadait : les difficultés pour se déplacer, l’insécurité, les tarifs d’une simple consommation en terrasse…

Dans deux jours, il retrouverait Vicki à l’aéroport du Lamentin, si la marchande de poulet n’oubliait pas de venir le chercher comme convenu. Il retrouverait « Marjolaine» à la marina du Marin, sur la jetée numéro cinq.

Le professeur installa une cassette, et joua l’accompagnement. Mathilde le regarda faire. Frédéric lorgna sur sa montre. Encore vingt minutes. Le professeur nota quelque chose, sans doute des grilles d’accords à travailler.

Isabelle serait-elle venue vivre sur son bateau, avec lui, loin de ses bases ?

Non, elle ne serait pas venue. Elle ne serait pas venue, parce que son entourage stable, celui de sa jeunesse, à Biarritz, était pour elle plus importante que son compagnon à l'esprit bohémien. Le monde des femmes d'autrefois se résumait à la maison, au foyer ; une situation dénoncée par les femmes de maintenant, mais dont celles d'avant s'accommodaient sans trop de mal, quoi qu'on en dise. Elles faisaient la loi dans cet espace clos. Les choses avaient-elles vraiment changé ? Frédéric ne le croyait pas. Le cercle s'était simplement élargi. Le « dedans » incluait maintenant les copines, les collègues de bureau, la petite bande qui se retrouve pour dîner, sortir, et surtout bavarder. Le « dehors » restait quelque chose de vaguement dangereux, et peu motivant, comparé aux douceurs de se sentir chez soi, entre soi. Dans le monde nautique, cet ailleurs radical, il y avait de couples, mais la grande majorité des femmes n'avaient fait que suivre bon gré mal gré un mari saisi par la débauche du grand large. Elles disaient « aimer la mer », mais Frédéric doutait : la plupart des marins, en fait, n'aimaient pas la mer, cruelle, imprévisible, femelle en somme. Les marins aimaient les bateaux, et aller ailleurs. La mer n'était que la route allant ailleurs.

 

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- Alors, papa, tu trouves que j’ai fait des progrès ?

Le feu passa au vert. Frédéric passa la première.

- Bien sûr, tu n’as pu faire que des progrès. La dernière fois que je t’ai vu jouer, c’était quand, déjà ? Il sentit sa fille se raidir, et comprit sa gaffe, énorme. C’était en août, l’année dernière, à la mort de Suzanne. On avait demandé à Mathilde de jouer quelque chose, à l'église. Elle s'en était bien acquittée, malgré le trac et le chagrin.

Il pensa au coup de gong qui l’avait sauvé du KO financier, et eut une pensée pour sa cousine, qui reposait maintenant dans le modeste cimetière de Pont-sur-Yonne. La 106 « Kid » de Françoise longeait le Palais des Sports de Bercy violemment illuminé

- Tu fais du sport, ma chérie ?

- Oui, on fait du sport, au collège.

- Je voulais dire, du sport en dehors du cadre scolaire.

- J’aimerais bien, mais je n’ai pas beaucoup de temps. 

Il ne savait pas si ce « j’aimerais bien » était sincère, mais il était certain du manque de temps. Entre les cours de guitare, les cours de théâtre, les demandes de sa mère pour garder le petit frère et bien sûr le travail scolaire, la vie de Mathilde était aussi remplie que l’agenda d’un Premier Ministre. Frédéric croyait aux vertus fécondes des moments de songeries nés de l’ennui. Il déplorait ce qui ressemblait plus à de la fébrilité qu’à de l’activité. Il avait lu que les comportements addictifs naissaient souvent d’une incapacité à supporter le désœuvrement. Les personnes n’acceptant pas l’inaction au-delà d’une période très courte étaient guidées par la recherche des sensations fortes. Les comportements à risques, drogue et violence, n'étaient-ils pas la conséquence d’une enfance gavée de distractions et de télé, jusqu’à ne plus endurer de rester un seul instant en tête-à-tête avec soi-même, avec un livre, et parfois même avec une autre personne ? Mais il n’avait pas son mot à dire, même s’il était théoriquement, selon la loi, coresponsable de l’éducation de sa fille. Quelle critique constructive  aurait-il pu faire ? Il obliqua vers la place de la Nation.

- Tu sais papa, je pense souvent à Suzanne, et à sa maman, Odette.

Si elle savait à quel point il y pensait, lui aussi ! Et pour quelles raisons ! Sans doute saurait-elle, un jour, pour Valentine. Sûrement, même… D’ailleurs, il faudrait tout lui expliquer, enfin, presque tout, avant qu’elle ne l’apprenne par hasard. Lui expliquer, mais comment le faire sans brouiller l’image de Suzanne, sa seconde maman ? Le mensonge était comme une prison, où le geôlier coupable s'enfermerait avec des détenus innocents.

- C’est normal que tu penses à elles, ma chérie.

- Je pense aussi beaucoup à Nanou. Elle va mourir aussi, un jour.

Nanou, c'était Marthe, la grand-mère maternelle de Mathilde. 

- La mère de ta maman est plus jeune, et elle n’est pas malade. Pourquoi penses-tu qu’elle devrait mourir bientôt ? 

- Je ne sais pas… Et Padrito, il est jeune, non ?

Dans la famille Cassenave, la camarde demande la grand-mère et le grand-père, pensa bêtement Frédéric.

La circulation était fluide sur le Cours de Vincennes. Frédéric pouvait suivre le cheminement des pensées de Mathilde. Son grand-père paternel était mort peu avant sa naissance. Sa grand-mère paternelle était en maison de retraite, et la famille de son père venait de connaître deux décès, presque coup sur coup.

- Dis, papa, de combien tu es plus jeune que maman ?

- Eh bien, c’est facile à calculer. J’ai quel âge ?

- Euh…

- Soixante-six, l’aida Frédéric. Et ta mère ?

- Maman, elle a cinquante ans. Enfin, non, elle les aura en juin, à son anniversaire.

- Alors, la différence ?

- Seize ans, c’est ça ? Tu avais quel âge quand tu as rencontré maman ?

- Voyons… C’était en quatre-vingt neuf… Non, fin quatre-vingt huit. Donc, j’avais quarante-sept ans. Et ta mère, un peu moins de trente ans.

Mathilde se plongea dans ses réflexions. Frédéric attrapa de justesse le feu vert, mais dut freiner pour laisser passer une voiture qui lui coupait la route afin de prendre la bretelle d’accès au périphérique. Il soupira en voyant le feu passer au rouge, à la sortie du rond-point.

- Dis, papa, tu étais amoureux de maman, quand tu l’as rencontrée ? C’était où ?

- Dans une agence de publicité où on travaillait tous les deux. C’est souvent au travail qu’on rencontre son futur mari, sa future épouse…

Ou sa maîtresse, ou son amant, compléta intérieurement Frédéric.

Il tourna à droite pour s’engager rue de l’Avenir, maigrement éclairée. Il rangea la voiture de Françoise sur le trottoir, devant les murs grisâtres des anciens ateliers. Son étui à la main, Mathilde se dirigea vers la porte métallique de taille à laisser passer les véhicules de livraison, autrefois.

- Papa, tu vas monter ?

- Je ne sais pas ma chérie. À cette heure-là… Et puis ça me gène un peu.

- Papa, s’il te plaît, juste cinq minutes. Tu pars bientôt. Et puis tu sais, on ne se couche pas si tôt, c’est pas comme sur le bateau !

- Bon, si tu veux, cinq minutes, si je ne dérange pas. 

Il ne dérangeait pas. Il fut même invité à partager le dîner. Plus tard, ce furent les adieux à Mathilde.

- Bon, ma chérie, il faut que j’y aille.

- Mon papa, tu vas me manquer.

- Tu me manques aussi, ma chouchounette. Je pense à toi tous les jours.

- Moi aussi je pense à toi, tu es mon papa à moi, tu sais.

- Mais on se retrouvera dans trois mois, pour les grandes vacances.

- Oui papa. 

Il se pencha vers sa fille, écarta ses cheveux et l’embrassa sur le front. Elle se leva, le serra très fort dans ses bras minces, en posant sa tête sur son épaule. Il répondit à sa tendresse, le cœur chaviré comme chaque fois qu’il devait la quitter, et abrégea les effusions.

L’escalier de fer, la porte qu’il s'agissait de refermer sans faire trop de bruit, la rue de l’Avenir froide et déserte sous les hauts lampadaires, la Peugeot de Françoise, avec sa portière qui grinçait sinistrement…

L’avenir, comme cette rue minable, était flou. Il y avait des choses à peu près certaines, comme de retrouver « Marjolaine » à la marina du Marin le surlendemain – en quoi il ne se trompait pas -, les vacances avec Mathilde qu’il ferait venir au Venezuela comme l’année précédente – en quoi il se trompait.

Quelles étaient les probabilités de croiser Samia en Martinique ? Quasi nulles, décida-t-il. Le nid d’aigle de celle qu’il n’appelait pas encore « l’oiseau noir » se situait de l’autre côté de l’île, et elle n’avait aucune raison d’être vue ailleurs que dans son repaire.

Ce en quoi il se trompait aussi, volontairement ou pas, puisque la maugrabine de ses pensées allait former l’essentiel de son parcours sentimental, jusqu’à le ramener en France, cinq mois plus tard.

 

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Vol Air France AF 0652, mercredi 30 avril 2008

Dîner inattendu, hier, chez Isabelle, après le cours de guitare de Mathilde.

Le mensonge, aveu de faiblesse ou arme de conquête ?

Il est facile de mettre quelqu’un sous sa dépendance. Il suffit de ne pas tenir ses engagements, sans crainte de sanction. Chaque fois qu’une femme dit « j’arrive tout de suite », et ne vient qu’au bout d’une heure, elle a pris l’ascendant sur l’imbécile qui l’attend. Quelle riposte à l’agressivité passive ? L’indifférence active.

Lu dans « Le Monde » de vendredi : « Grigny, l’état d’urgence ». Une ville qui s’africanise à grands pas, des gamins partout, les ayant-droits qui s’installent, des cotisants qui fuient la ville croulant sous les dépenses. Une descente aux enfers qui préfigure celle du pays.

Retour en Martinique. Bilan de ces trois semaines en métropole : une agression, des déplacements en Normandie pour accompagner Françoise, Samia enceinte, dit-elle… J’ai dormi comme toujours ici et là, chez mon ami Thierry, en Normandie chez des amis de Françoise, dans le treizième, une nuit chez Mathilde, en l’absence de « ses parents », comme elle dit parfois étourdiment.

Est-ce qu’il existe quelque chose de plus troublant que de se dire que l’enfant qu’on aime aurait pu ne pas exister, et que, dès lors, il ne nous manquerait pas ?

 

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J’étais tentée d’aller manifester dans le Tarn, contre le barrage. Finalement, je me demande si ce ne sont pas les agriculteurs qui ont raison. J’ai renoncé. Victoria y est allée. Elle est devenue 100 % ÉCOLO, après avoir été anar. À la suite de CHARLIE, Valls a lancé une politique de la ville à coups de millions, ou de milliards, je ne sais pas. POLITIQUE DE LA VILLE, c’est de la distribution d’argent POUR RIEN, comme toujours. Cela fait des années, des dizaines d’années, que l’on distribue mon argent aux pauvres petits immigrés, ces PAUVRES CHÉRIS qui saccagent leur immeuble pour passer le temps !!! J’ai reçu mon avis d’imposition pour mes revenus de 2014. Avant, avec les mêmes petits revenus, je n’étais pas imposable. Quel tour de cochon ! En somme, je me fais taxer pour une politique de la ville qui n’a JAMAIS servi à RIEN, à MOI, la pauvre immigrée d’Europe centrale, qui n’ai jamais cassé une boîte aux lettres, et qui n’ai pas arrêté de bosser dur, d’abord pour me payer mes études, et maintenant pour survivre dans ce Paris infect, où je suis condamnée de rester par la faute de Frédéric.

Koh Lanta… La télé réalité… Des trucs que je ne regarde JAMAIS, et pourtant je paie la REDEVANCE. L’accident d’hélico, la mort de trois célébrités, dont Florence Arthaud, la pauvre, j’espère qu’elle n’a pas souffert.

On dirait que TOUT TOURNE EN ROND, comme moi, qui tourne en rond dans mon trou à rat. Bon, j’exagère, c’est déjà bien d’avoir un toit, comme disait Frédéric. S’il n’y avait pas ce vacarme de ferraille, dans la cour, et dès le matin, quand j’aimerais tant DORMIR !!

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