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Triptyque

Changement de cap

 

Frédéric change de cap, comme on pouvait le prévoir; Françoise, trahie par les Américains et par Frédéric, savoure sa vengeance ; un TGV propice aux réflexions ; la vanité n'exclut pas la générosité.

 

Le métro arriva à la station Montparnasse et déglutit une bonne part de son contenu, dont Frédéric qui escomptait prendre un billet pour Toulouse. Il tâta dans la poche de son imperméable, voisinant avec son portable, la grosse clé de la maison familiale. Il ressortit de la gare, accompagné du crachin, et avec dans la poche intérieure du dry'z'bone un billet pour Aix-en-Provence.

Françoise l'appela. Après une brève conversation, il raccrocha. Elle lui laissa un message, qu'il ne lut pas. Elle l'appela de nouveau alors qu'il était dans le TGV filant vers le midi.

 

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Une PLEINE semaine d'angoisse et de colère...... Mon ordi en panne, saboté par les américains, je ne pouvais plus tracer les deux imbéciles. Je n'ai rien su du mail de Frédéric à Samia, SOUS PRETEXTE de condoléances, pas plus que sa réponse empressée, à cette manipulatrice. Il y avait aussi des contacts téléphoniques, c'était évident !!! Avec une table d'écoute... ou quelque chose comme ça ! Je maudissais le mauvais sort qui s'entêtait sur moi ! J'en étais réduite à tenter de joindre mon envoûté de Frédéric ! Finalement, ma persévérance m'a récompensée : pas de quartier ! La mise à mort de cette relation !... Pour protéger Frédéric de la jeteuse de sorts. Frédéric que j'aimais plus que les autres, je l'ai bien prouvé !

J'imagine leur figure, à tous les deux, quand je leur ai POURRI leur tête-à-tête amoureux !!!!

 

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TGV Paris-Toulon, mardi 14 octobre 2008

Je n’ai pas confondu Toulouse et Toulon. Mais à la suite d’un appel de Samia, j’ai changé de destination. Je vais rendre visite à Jean-Yves. On verra comment ça tourne.

La naissance est une chose bien plus troublante que la mort. Quelque chose a été, est n’est plus, c’est normal. Mais qu’un être vivant soit, et ait pu ne pas être… Tout ce qu'est Mathilde aurait pu ne pas être. Plus troublant encore : se retrouver père d’une jeune femme de trente ans, Athéna tout armée sortant du crâne de Jupiter ! Le parallèle est abusif, j'en conviens!

Avant-hier, discussion navrante avec Isabelle, qui du bout des lèvres finit par avouer ce qu’elle avait nié il y a douze ans.

 

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Jean-Yves vint le chercher à la petite station de La Crau. Il lui fit un solide abrazo de bienvenue et lui fit remarquer qu’il avait pris du ventre.

- Ce n’est pas comme toi. Tu aurais plutôt maigri, rétorqua Frédéric qui regretta aussitôt sa remarque.

- Oui, c’est vrai. Avec ce qui est arrivé…

Jean-Yves avait perdu son fils unique au Sri-Lanka, lors du tsunami.

Ils prirent la route. Jean-Yves conduisait toujours aussi brutalement, peut-être pour impressionner son passager. Il aurait dû savoir qu’en voiture rien ne pouvait impressionner Frédéric, sinon le degré de stupidité du conducteur, qui pouvait donner une idée de l’absolu.

- Alors, et Marjolaine ? Pas de problème ? Où tu as laissé ton bateau ?

- À Puerto la Cruz, au Venezuela. J’y retourne dans une dizaine de jours.

- Et tu n’as pas peur de le laisser seul pendant ton absence ? On parle tellement de piraterie, dans ce coin…

- Il est dans une marina, avec des copains à côté. Cela dit, on exagère un peu. Deux ou trois attaques, et avec le bouche-à-oreille elles se multiplient pas dix. Et puis j’ai toujours le fusil que tu m’as laissé…

- Tu sais, avoir une arme, c’est à double tranchant. Quand on en a une, il ne faut pas la montrer, il faut s’en servir, et tirer pour faire mal.

Jean-Yves, ancien militaire, n’avait pas tort. Exhiber une arme à feu était le meilleur moyen de recevoir une balle, l’autre n’ayant pas de scrupule à le faire. Un navigateur célèbre en avait fait l’expérience, hélas inutile, puisqu’elle lui avait coûté la vie. Jean-Yves négocia un rond-point en faisant crisser les pneus de sa Toyota.

- Quand même, ça a l’air de bien te plaire la vie nautique. Ça fait combien de temps que tu es parti ?

- Sept ans que je fais du bateau à plein temps, et six ans que je suis dans la Caraïbe.

- Et toujours en solitaire ?

- Presque toujours, du moins en navigation.

- Si ça te plaît…

Frédéric soupçonna que Jean-Yves n’y avait pas vraiment cru, au début, à son escapade nautique. Il le considérait comme inexpérimenté, et pas très doué pour les travaux manuels. D’ailleurs, la quasi totalité des plaisanciers, pour lui, étaient des ânes. Lui seul s’y connaissait vraiment. Ses conversations étaient un hymne permanent à ses propres aptitudes, et il était invariablement le héros des anecdotes qu’il contait inlassablement. Vivante démonstration que la règle souffre beaucoup d’exceptions, ce galéjeur était de pure souche bretonne.

 

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Le lendemain, les deux copains prirent le petit déjeuner dehors, près de la piscine. Dans la chambre d'amis, le mobile de Frédéric sonna longtemps, en vain. Jean-Yves :

- Viens, je vais te montrer mon nouveau bateau. Il est au chantier Gros, tu connais !

Tandis que son épouse ne semblait pas pouvoir s’arracher à la dépression où l’avait plongée la mort de son fils unique, Jean-Yves trouvait dans la voile et la fréquentation des copains un dérivatif à sa tristesse. Frédéric retrouva la petite route qui serpentait le long du Gapeau, les souvenirs des vacances avec Mathilde, le chantier où elle s’amusait avec les gosses de Maria, les folies de Françoise…Qu’était-ils devenus, Maria, Sergio et les deux gamins ? Avaient-ils enfin réussi à terminer leur bateau et à partir ? Jean-Yves n’en savait rien. Il n’avait pas beaucoup de sympathie pour ces vagabonds sans le sou. Frédéric admira comme il fallait le petit catamaran. Il était équipé d’un système à balestron, dont Jean-Yves lui vanta les incomparables mérites. Les inconvénients ? Il n’y en avait pas, sauf qu’il ne fallait pas mettre ce type de gréement dans les mains de tout le monde. Ben voyons ! pensa gentiment Frédéric. Il invita son vieux copain à déjeuner sur le port de La Londe. Presque tous les restaurants étaient fermés en ce mois d'octobre. Le seul qui était ouvert était rempli d’habitués. Jean-Yves salua plusieurs personnes. Il présenta Frédéric comme un vieil ami, à qui il avait tout appris. Ils s’installèrent à la terrasse. Après deux apéritifs, Frédéric alla acheter « Le Figaro » et un hebdomadaire. On y revenait sur les émeutes qui avaient secoué Mayotte. Jean-Yves avait vu une émission de télévision sur le sujet.

- Comment veux-tu que ça marche, avec cinquante pour cent de clandestins ! Ils viennent tous d’Anjouan, pour accoucher en France. Je connais bien, j’y ai passé des mois avec Claudette, à la fin des années soixante-dix. Elle pourrait te dire. À Mayotte, c’est la plus grande maternité de France, il y naît plus de dix enfants chaque jour, tous parfaitement noirs et tous français par droit du sol. Les hélicos et les bateaux passent leur temps à patrouiller, ils en attrapent quelques-uns, la plupart passent entre les mailles du filet, et ce que ça coûte, tout ça !

Jean-Yves termina son pastis et poursuivi son exposé.

- Dans l’émission, je crois que c’était sur la deux, ils parlaient de seize mille reconduites à la frontière chaque année, inutile de te dire que ce sont souvent les mêmes qui reviennent. La population de Mayotte a doublé en quinze ans, elle doit avoir quintuplé depuis que j’y étais. Le pire, c’est que quand on nous parle en France de virer les clandestins et qu’on annonce des chiffres c’est tout du bidon. Ceux qu’on vire à Mayotte, c’est la moitié du total. Ils se foutent de nous comme d’habitude, Sarko et sa bande…

Frédéric sourit en retrouvant son Jean-Yves. Il n’y avait pas que sa passion pour la voile qui lui gardait la tête hors de l’eau. Mais son copain se calma.

- Après tout maintenant je m’en fous de tout ça. On s’intéresse à l’avenir quand on a quelqu’un après soi. Sinon ça sert à quoi ?

Les plats arrivèrent. Frédéric annonça qu’il irait sans doute faire un tour à Aix-en-Provence. Jean-Yves lui proposa de prendre sa seconde voiture, une sorte de jouet qu’il avait acheté pour se faire plaisir. Il s’agissait d’un 4 x 4 Mega.

- Tu sais, un buggy à toit escamotable.

Frédéric hésita, puis il pensa à la surprise de Samia. Il avoua qu’il se rendait à Aix pour voir une amie.

- Alors, d’autant plus ! Tu vas pouvoir la promener dans la région.

- C’est sûr. Merci encore, c’est sympa.

- Mais de rien. À quoi ça servirait d’avoir des potes, si ce n’est pas pour s’entraider.

 

     

    Quelle forme prendra la vengeance de Françoise ? Vous le saurez dans notre prochain épisode, la semaine prochaine !

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