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Triptyque

En guise d'épitaphe...

Frédéric est mort. Françoise Mouche triomphe, dans les larmes.

Ainsi s'est clos le second mouvement de mon triptyque.

Le troisième est encore à l'état d'ébauche, et il faudra probablement un an avant que je le propose à l'édition.

L'unité de principe qui parcourt ces trois volets n'a rien d'improvisée. Elle était déjà définie, dans ses grandes lignes, il y huit ans, quand j'ai inscrit le mot « fin » au terme de mon premier manuscrit.

Le titre de ce troisième récit à thème a été choisi il y a longtemps. Ce sera Notes d'Ilavach.

Notes d'Ilavach viendra compléter ma peinture des relations hommes/femmes à l'heure de la montée en puissance du matriarcat en Occident, et de ses conséquences. Le décor de Notes d'Ilavach est une petite île haïtienne. Le récit des relations de Frédéric avec Isabelle commence trente ans avant que soient rédigées ces notes.

Mes trois romans peuvent être lu de façon autonome, mais ils se complètent l'un par l'autre. Chaque récit s'étend sur une période plus longue, ce qui est une façon de creuser de plus profond. Le premier (Bye Bye Blackbird) court sur une durée d'environ deux ans (2008-2010). Le second (La Mouche) va sur une dizaine d'années, de 2000 à 2010, en incluant le premier, sous un autre angle. Le troisième (Notes d'Ilavach) commence dans les années '90. Les mêmes personnages reviennent, sur le devant de la scène ou en arrière-plan. Pour le lecteur qui suivrait l'ordre de parution, ce sont comme des poupées russes, mais que l'on découvrirait à l'envers, de la plus « petite » (Bye Bye Blackbird) à la plus englobante (Notes d'Ilavach). Cette troisième matriochka rejoindra l'actualité, celle que nous vivons. Frédéric est décédé (depuis la fin du premier récit), mais sa fille Valentine (celle dont il est devenu le père à la suite des révélations de Suzanne sur son lit de mort) en est la spectatrice, de cette actualité, et la commente, sur la base de ces notes rédigées par Frédéric lors de son séjour à Ilavach.

Macron ou Le Pen, Mélanchon ou Fillon, vous voyez comme c'est simple : il me suffira de mettre le mot « fin » quand je le désirerai, que ce soit en 2018, 2019 ou 2020 ! (si je n'ai pas raccroché les gants d'ici là).

 

Cyrano ou Boubouroche

 

J'en reviens à mon thème : la féminisation des esprits, inséparable selon moi de la décadence de l'Occident. Cette féminisation du zeitgeist peut être signe, cause ou conséquence de ce déclin, je ne sais. J'affirme en revanche que sans cet esprit du temps, la plupart des problèmes que nous connaissons n'existeraient pas, ou peu.

Mon propos ressemble fort à une obsession, une extravagance, digne d'un maniaque. Ou du moins une telle outrance qu'elle serait insignifiante, comme le sont les excès ; d'autant plus insignifiante que cette marche en avant vers la féminisation/décadence serait inéluctable.

Pour moi, qualifier quelque chose d'inéluctable, c'est adopter la position de l'autruche en se donnant de «bonnes raisons ». Ce n'est pas du Cyrano, c'est du Boubouroche. Passons.

Et développons. Excessive, extravagante, l'idée que l'esprit du temps gouverne le reste, et que l'esprit du temps, féminisé, est le signe/la cause, de notre décadence ?

 

Ventre mou

 

Je vais prendre l'exemple de l'immigration, question devenue centrale depuis une trentaine d'années, et de plus en plus prégnante, à constater que sur ce seul thème une candidate est favorite dans les sondages en 2017.

Je ne m'attarderai pas sur la critique de l'immigration de masse. Je soutiens simplement, non pas que la féminisation des esprits a provoqué l'invasion du territoire, ce qui serait stupide, mais que sans la féminisation des esprits, cette invasion n'aurait pas connu ce caractère irrésistible, et aurait pour le moins été bridée. Pourquoi ?

Faisons un retour en arrière vers l'immigration des années cinquante. Les migrants étaient surtout européens : Italiens, Portugais, Espagnols, Polonais... Les Français – et les belles âmes d'aujourd'hui le déplorent – ne les accueillirent pas à bras ouverts. Ces immigrés étaient traités de ritals, de portos, d'espingoins, de pollacks. Ces réactions, on peut les qualifier de détestables et vulgaires, mais elles étaient, j'ose le dire, utiles (l'utile n'est pas toujours joli, Machiavel en sera d'accord).

Utiles, en quoi ? Elles opéraient une sorte de pression exercée sur le nouvel arrivant, quitte ensuite à fraterniser avec lui. Le plus important, c'est que cette pression, cette façon de « montrer les dents », est ressentie par l'étranger comme un avertissement. Il n'est pas en pays conquis. Ce territoire n'est pas le sien. Moi qui ai un peu voyagé, non comme touriste mais comme « migrant » en CDD, je la connais bien, cette réaction rejet/accueil des populations visitées, vers lesquelles on avance avec un sourire, à la fois humble et assez sûr de soi, comme Ulysse au pays des Phéaciens...

Quand, au contraire, l'esprit du temps s'est féminisé, toutes autres sont les réactions «instinctives». Les valeurs sont celles de l'apitoiement, le territoire n'est plus ce domaine vaguement hostile où l'étranger ne pénètre qu'avec une crainte diffuse. C'est un « ventre mou », où l'on peut entrer en conquérant. L'équilibre naturel entre « force répulsive » et « force inclusive » n'est plus. Le résultat est patent. Non seulement nos immigrés, souvent, nous détestent, mais ils nous méprisent, pour notre faiblesse.

 

Simultanément ou pas du tout

 

La féminisation des esprits peut être considérée sous l'angle inverse. Celui de la dévirilisation. La célèbre citation de Tocqueville vient naturellement à l'esprit. Celle où il évoque « le doux pouvoir despotique, prévoyant et doux », qui veut garder les hommes en enfance, plutôt que de les amener à l'âge viril. Il ne manque que le terme « maternel », et nous y sommes, dans notre présent dévirilisé, féminisé.

Ce sont les valeurs qui font les sociétés. Elles percolent dans tous les domaines : l'économie, la politique, le social, les arts... Pas plus que dans un organisme vivant il n'y a pas d'indépendance entre le fonctionnement des différents organes, dans une société ses différentes manifestations (politique, économique, sociale, artistique) sont interdépendantes. Les libertés dont disposent tous les membres de cette société, et jusqu'à ceux qui la refusent, s'inscrivent dans le cadre de cette société. Pour être rebelle, il faut quelque chose contre quoi se rebeller.

Tout est corrélé, et on ne saurait considérer un élément sans l'insérer dans une compréhension de la totalité. De même que, prenant un exemple trivial que j'emprunte à Konrad Lorenz, on ne comprend le fonctionnement d'un moteur que considéré comme une totalité où tout est à la fois sujet et objet, où chaque pièce mécanique ne fonctionne qu'en relation avec les autres, un groupe humain est une totalité. « Les éléments d'un ensemble ne se laissent comprendre que simultanément ou pas du tout », poursuit Konrad Lorenz à propos des systèmes organiques.

Poursuivant la métaphore avec un moteur, l'air du temps, les valeurs du temps, seraient comme le mélange carburant/comburant qui initie le reste. Cet air du temps, aujourd'hui, est saturé par le féminin. Émotif, gentillet, accueillant... maternel, pour tout dire. En 2010, Martine Aubry présentait un programme construit sur la société « du bien-être et du soin ». Aubry avait trouvé dans la langue anglaise une traduction claire de son projet : c'était le « care ». Les Français seraient biberonnés, cajolés, maternés, câlinés, bercés : de gros bébés, leurs pas seraient guidés par une maman attentive mais sévère quand il faut.

 

Plus sérieusement.

 

La femme, la mère, c'est la Vie. D'abord, vivre, quitte à vivre couché. Quitte à s'enfouir la tête dans le sable, pour ne pas voir le danger.

L'homme, c'est la volonté, le dépassement jusqu'à mettre sa vie en danger, et au besoin accepter de la perdre.

La femme peut mettre sa vie en jeu, pour l'enfant. D'instinct. L'homme peut se sacrifier pour la Cité. Consciemment. Si l'esprit du temps ne l'a pas trop dévirilisé.

Alexandra Laignel-Lavastine, philosophe et historienne des idées, a récemment écrit un essai : « Pour quoi serions-nous prêts à mourir ? » Elle évoque « la capitulation par bonté » à propos des attentats islamistes. Son fils est parachutiste. Toutes les femmes ne sont pas nunuche, j'en suis bien conscient, et je demande pardon à celles, nombreuses, qui pourraient se sentir offensées par une généralisation qui ne s'appliquent pas à elles, en tant qu'individualités.

 

Orwell, Ayn Rand...

 

Un dernier mot à propos de mon choix, d'avoir inclus mes modestes réflexions dans le cadre de romans, au risque de sacrifier au déroulement d'un récit l'exposé des idées.

La raison en est simple. C'est le seul moyen de représenter sans démontrer. De suggérer sans imposer. De montrer qu'on fait confiance au lecteur ; de se flatter de ce qu'il ne se contente pas de nourritures pré-digérées, d'une philosophie étiquetée, sous blister. En somme, de le supposer libre et intelligent.

L'écriture romanesque permet ce qu'interdit un essai. D'ailleurs, n'est-ce pas le choix de nombreux écrivains ?

Sans remonter à Balzac, Stendhal ou Flaubert... et parmi les romans que 'on peut appeler « politiques »...

1984, par Georges Orwell, raconte aussi les amours entre Winston et Julia.

Le Meilleur des Mondes, celles de Bernard Marx et de Lenna Crowne ;

Et Ayn Rand n'enveloppe-t-elle pas sa critique de la démocratie sociale interventionniste avec les aventures sentimentales de Dagny Haggart et de ses amants ?

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