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Triptyque

Reconstitution explicative

 

Chez Marie-Belle – Titus et la mariejeanne – Sous la douche – Sur Badoo - Un étrange suicide – Dwa twavayé – Seule au « nid d'aigle » - Titus électrifié – Violences au féminin – La faute à Colomb.

 

Résumé

De retour en Martinique, Frédéric est allé aux nouvelles au « Banc des Menteurs », où il va apprendre un étrange suicide. Tout en même temps, il se transporte par imagination auprès de Samia, chez Marie-Belle, sa copine lesbienne.

 

 

Titus adore l’odeur des plants de marihuana. Il gratte furieusement le petit enclos qui les abrite.

- Titus ! Arrête ! hurle Samia.

Le caniche lève la tête et la penche de côté, dans l’expectative. Il sait qu’il n’y a rien à craindre, mais vient néanmoins vers sa maîtresse, agitant son embryon de queue avec servilité. Elle tient dans ses mains une tasse de café, et l’odeur du café est associée, dans le cerveau de Titus, à l’idée de sucre. Elle le repousse du pied. Il s’éloigne, déçu. Marie-Belle descend le petit escalier qui mène de sa chambre au salon.

- Je vais au boulot. À ce soir ?

- Je ne sais pas. Je verrai. Je t’appellerai…

Elle est assise sur le canapé-lit encore déplié, seulement vêtue de sa blouse sans manche, qu’elle n’a pas boutonnée. Sa cigarette fume dans le cendrier.

- Tu prends du café ? Il est prêt.

Marie-Belle se verse une tasse et boit à petites gorgées.

- J’y vais, je suis déjà en retard.

Marie-Belle ferme la porte d’entrée sur un dernier « alors à tout à l’heure ». Titus qui l’a accompagnée revient vers le jardinet, guettant Samia. Qu’est-ce qu’elle attend pour le laisser tranquillement gratter la palissade, derrière laquelle il y a cette si bonne odeur ? Sa maîtresse se lève enfin. Titus retourne à son occupation favorite. Samia monte prendre une douche. Sous le jet d’eau tiède elle se touche, mais pas au point de viser le plaisir ; juste un geste machinal. Sa relation avec Marie-Belle n’a jamais été très satisfaisante : elle caresse mal, avec impatience, comme si elle accomplissait une corvée, et ne jouit que rarement, et difficilement, après avoir été longuement masturbée. Pourtant, Samia lui a été à peu près fidèle, à cause de son corps, et de sa superbe façon de danser. Avec elle, d’allure plus masculine, elles forment un beau couple. Tout le monde sait, du moins à Trinité, qu’elles sont lesbiennes, et les hommes ne les embêtent pas. En plus, elles sont de taille à se défendre. Marie-Belle ne sort jamais sans un cutter.

Samia se sèche. Aujourd’hui, elle ira fabriquer des nasses. Il lui faut un peu d’argent, si elle veut voyager. Trouver un bateau ne sera pas difficile. Frédéric lui a parlé du Venezuela. Elle a regardé sur une carte. Ce n’est pas bien loin, en fait. Il faudra qu’elle aille au Marin pour prendre contact avec des navigateurs, un de ces jours. Et ce con de chien est encore en train d’essayer de démolir la barrière !

- Titus ! Tu fais chier Titus ! Tu fais chier ! Si t’arrêtes pas je vais t’enfermer dans la maison, et tout de suite !

Elle allume l’ordinateur de Marie-Belle. Il n’y a pas de message de Frédéric, mais il y en a un de Sébastien.

Sébastien et elle sont entrés en contact sur Badoo. Depuis deux mois, ils correspondent épisodiquement. Sébastien a quarante-huit ans. Il travaille à Limoges, dans l’aéronautique. Sébastien a souhaité faire sa connaissance, à ses frais, en France ou en Martinique. Sa photo le montre plutôt beau garçon. Il n’a pas de bateau, mais il dit adorer les voyages...

Elle a encouragé Sébastien. Maintenant, il lui propose de venir dès la semaine prochaine. C’est une bonne idée. Il a l’air bien accroché.

Titus sent l’imminence d’une sortie et frétille autour de ses chevilles. Après tout pourquoi pas ? Pendant qu’elle fabriquera ses nasses il profitera de la plage. La porte refermée, Titus trottinant sur le trottoir, elle va vers sa voiture, en espérant qu’elle voudrait bien rouler jusqu’à Tartane.

 

…............................................................................

 

Non, je n’étais pas au courant. Gérard reprend :

- Tu sais, Popom… Tu te rappelles Popom ? Celui qui travaillait la fibre !

Je me rappelle Popom : un homme dans la quarantaine, aux cheveux hirsutes et aux yeux très bleus. Il avait une figure rougeaude et fredonnait souvent, à sa manière, les quelques notes de la chanson de Piaf « Padam, padam, padam », ce qui lui avait valu son surnom.

- Bon, eh bien il est mort Popom !

Je joue mon rôle en prenant un air attristé. La mort de Popom me laisse assez indifférent. Je le connaissais à peine. Mais c’était une figure majeure de ce petit groupe rassemblé quotidiennement à l’Annexe, et qui se serre les coudes sans pour autant omettre de se débiner.

- Mort ! Il y a longtemps ?

- La semaine dernière.

Je pense à un accident, à une maladie subite. Avec ce qu’il buvait !

- Il s’est suicidé, continue Gérard d’une voix confidentielle. Mais c’est pas sûr.

Une bière à la main, nous allons vers le banc près des pompes à carburant. Ève et Philou se poussent pour faire de la place.

- Bon, tu connaissais la femme de Popom, Shanna ?

Je m’abstiens de préciser à quel point.

- Ça s’est passé chez eux, une nuit. Elle était soi-disant en train de dormir, et on a retrouvé Popom dans le jardin, étranglé par une corde passée à une branche. Mais pas suspendu, assis… Alors...

- Alors on l’a soupçonnée. Et qu’est-ce que les flics ont pensé ?

- Qu’elle n’y était pour rien finalement. Tous les deux étaient bourrés. Et puis il y a autre chose… C’est elle, on le sait bien, qui a poussé Popom à prendre du crack. Alors tu comprends, même si elle n’est pour rien dans le coup, nous on considère qu’elle est responsable de sa mort à Popom. Elle a pas intérêt à venir par ici. Elle le sait bien, parce qu’on l’a plus revue.

- Il avait une maison, Popom ? Je pensais qu’il vivait sur son bateau, avec la fille.

- Oui, il avait une maison, vers Sainte Luce. Une jolie baraque. Son bateau il est à vendre, maintenant. Remarque, dans l’état où il est… Il avait de la famille en France, Popom, une sœur, qui est venue pour les formalités et l’enterrement. Pour la vente du bateau, aussi. On s’est tous cotisé, ici, pour offrir une couronne…Allez, à la tienne !

On trinque, et on entonne notre canette. C’était quand, cette soirée avec Shanna ? Impossible de me le rappeler, et c’est sans importance. Jean-Michel s’approche, avec ses deux baguettes sous le bras. Il a un large sourire qui montre ses mauvaises dents. Après les salutations d’usage, il m’invite à boire un verre à bord.

- Ce soir, plutôt, si ça ne t’embête pas.

Je demande, pour être aimable, si l’Olympique Lyonnais va être encore une fois Champion de France. Jean-Michel me le confirme.

- Tu es rentré quand ?

- Il y a quatre jours. Non, cinq. Je suis arrivé mercredi.

- Et ça s’est passé comment ?

- Pas trop mal. Je me suis fait un peu agresser, mais sans conséquence. Juste une portière esquintée...

- Et qu’est ce que tu vas faire, maintenant ?

- Partir le plus vite possible de Martinique et descendre au Venezuela. Les chicas m’attendent. J’ai aussi un gros boulot à faire à Puerto La Cruz, la deuxième partie du pont. J’ai quatre-vingt cartouches de deck caulking qui attendent depuis Saint-Martin que je les utilise. Cela représente plus de huit cents euros. Je ne vais pas attendre qu’elles sèchent !

- C’est vrai, j’y pense, tu es allé caréner à Saint-Martin. Ça s’est bien passé ?

- Elle est venue, elle est partie, elle est revenue, elle est repartie… Sinon, elle a pas mal travaillé…

- C’est le principal.

Je voudrais bien que mon copain me demande des détails, afin de narrer, tout en feignant l’indifférence, le caractère irascible de Samia. Mais Jean-Michel a un match qui l’attend. Je ferai un compte-rendu détaillé au moment du dîner. En attendant, je me transporte à Tartane, où j’ai emmené Samia, ce lundi. Je sais qu’elle a appris à fabriquer des nasses, durant son stage. J’ai suffisamment d’informations pour une reconstitution assez vraisemblable.

 

…............................................................................

 

Les pêcheurs de Tartane sont assis à palabrer, les uns sur des caisses en plastique de Lorraine, d’autres sur un banc fabriqué avec du bois de flottage. Elle serre à la ronde les mains calleuses. Un homme dans la trentaine s’étonne. Joseph lui réplique qu’elle a dwa twavaillé isi a kon tout moun pa gadé kouley. Samia remercie Joseph. Il lui donne de nombreuses commandes, préférant regarder Samia s’activer plutôt que de fabriquer lui-même ses nasses en plein soleil. Il montre l’endroit où sont posés le grillage métallique, les bâtons de bois dur, le fil de fer et la pince coupante. Tandis qu’elle va les chercher, il explique qu’il y a des salauds qui ont volé nass mwen. Son voisin suggère qu’il peut bien les avoir perdues, trop saoul pour avoir correctement attaché l’orin. Joseph lui conseille d’alé koké manmanw, ce qui fait rire l’assemblée.

Samia se met au travail. Elle est coiffée de son chapeau bakoua, cadeau de Marie-Belle. Elle compte les bâtons, les trie, et les dispose sur le sable, selon l’emplacement qu’ils occuperont. Titus court sur la plage, creusant comme un fou pour dénicher des crabes. Deux heures plus tard, l’ouvrage est terminé. Joseph donne les quinze euros convenus. Les autres s’approchent. Ils examinent la nasse. L’un d’eux demande à Samia de lui en fabriquer une plus petite pour dix euros. Elle proteste. Le pêcheur lui promet en plus vingt litres d’essence, ce qui ne lui coûte rien. On tombe d’accord.

Les crabes de plage intéressent Titus davantage que le morceau de sucre dont Samia s’est munie. Enfin, elle réussit à le coincer, saluée par de grands éclats de rire. En retournant vers Trinité, elle ralentit devant le restaurant « Les Flots », pour voir s’il y a du monde pour déjeuner. C’est désert, et elle est bien contente. Elle y a travaillé trois mois comme serveuse, l’hiver précédent. Quand elle a décidé d’arrêter, les proprios ont refusé de lui verser le mois en cours et les congés payés. Elle a menacé de faire un esclandre au coup de chaud et d’aller voir les prud’hommes. Finalement, ils lui ont donné l’argent qu’ils lui devaient.

Elle s’arrête dans une supérette. Il n’y a plus de rhum dans son nid d’aigle. C'est énervant, d’avoir adopté l’expression de Frédéric, mais ce « nid d’aigle » lui plaît beaucoup : cela lui ressemble. Elle décide d’y passer l’après-midi et de revenir le soir chez Marie-Belle. On est si bien, là-haut. Elle pourra penser tranquillement à ses projets. La présence de Marie-Belle n’est pas gênante : elle ne parle presque pas. Mais elle se sent tellement mieux, seule. Un jour, peut-être, elle aura son propre bateau.

Au rond-point, les gendarmes tournent la tête pour ne pas voir sa 4L, suivie par une abondante fumée bleutée.

Parvenue dans son refuge, elle attache Titus à l’un des poteaux soutenant la véranda. Elle ne peut le laisser en liberté à la Pointe Marcussy. Les Martiniquais rependent des boulettes de viande empoisonnée pour se débarrasser des chiens. Ils les détestent à cause des molosses, du temps de l’esclavage. Assise sur sa terrasse, elle se dit que le meilleur moyen, c’est de mettre une annonce à la marina.

Ses doigts caressent mécaniquement le collier qu’elle porte : une chaîne en argent que Marie-Belle lui a offerte pour son dernier anniversaire, quand elle est revenue de Saint-Martin, laissant Frédéric en compagnie de ses clés à molette. Marie-Belle a peut-être pensé qu’avec ce coûteux cadeau, elle la rendra plus fidèle. Elle ne la connait pas ! Une Samia ne se laisse acheter par personne !

Comment ils l’ont célébré, avec les copains, ce cinq mars ! Frédéric ne s’était pas rappelé la date, évidemment. Le lendemain, elle s’est réveillée avec une terrible gueule de bois. Un des invités a été plus qu’insistant au cours de la soirée. Il y a eu une dispute, presque une bagarre. Elle a eu envie, brusquement, d’être ailleurs. C’est auprès de Frédéric qu’elle aurait voulu fêter ses quarante et un ans. Elle a envoyé ce message lui demandant pardon.

Voilà l’explication.

Si Frédéric avait été seulement à moitié aussi généreux que Marie-Belle ! Ou que Béatrix, du temps qu’elles vivaient à Toulouse !

Il ne faut pas penser à Béatrix. Cela fait trop mal. Samia se lève du fauteuil en osier et s’étire, le dos ankylosé. Elle va chercher son paquet de cigarettes et allume la radio. Du reggae. Elle ferme la porte au verrou, ôte son jean et s’allonge pour la sieste. Sa main glisse sous l’élastique de son slip, puis elle le fait glisser le long de ses jambes.

La nuit tombe quand elle arrive chez Marie-Belle. Titus fonce vers le jardin et s’arrête net, déconcerté par un deuxième enclos qui cercle le plant de marihuana. Il hume, pose une patte sur le grillage et bondit en arrière avec un hurlement. Tandis qu’il se réfugie sous une chaise en gémissant, Marie-Belle s’esclaffe.

- Ça t’a fait un choc, hein ? Un sacré choc hein Titus ? Tu t’attendais pas à ça !

Elle a fait l’acquisition d’une clôture électrifiée. Samia console le caniche.

- Tu es sûre que c’est pas dangereux ?

- Tout à fait sûre. Le vendeur m’a dit que même les poules ne risquaient rien, alors… Tiens, j’ai aussi loué un film pour ce soir. Toi qui aimes les bateaux, ça va te plaire. C’est la découverte de l’Amérique, avec Depardieu.

Samia regarde la pochette. Cela s’intitule « 1492 ». Il y a des photos avec des Indiens. Elle propose un verre à Marie-Belle, se verse le sien, et demande si elle peut se servir de l’ordinateur pour voir ses messages.

- Bien sûr. Pendant ce temps, je vais préparer le dîner. J’ai trouvé du tazar. Avec du riz au curry, ça te va ?

Samia ouvre sa boîte de réception. Sébastien a répondu immédiatement. Il arrivera lundi en huit et passera une semaine en Martinique. Il ne peut rester davantage à cause de son travail à Limoges. Elle se demande ce que peut être cet emploi. En tout cas, il doit bien gagner sa vie. Contrôleur aérien, peut-être ? Ou pilote ? Non, il aurait dit pilote, ou contrôleur. Ce doit être moins important. Et puis elle s’en fiche ! Elle lui donne son numéro de portable. Ne connaissant pas d’hôtel en Martinique, elle lui conseille de s’adresser à une agence ou de chercher par internet. Alors qu’elle tape ces mots, une claque formidable lui fait chavirer la tête. Marie-Belle s’est approchée et vient de lire son mail. Elle répète « salope », en essayant d’asséner une deuxième gifle.

- Ah ! C’est ça ! Ah ! C’est pour ça que tu prends mon ordi !

En essayant de se protéger, Samia a dégringolé de la chaise. Celle-ci tombe à son tour. Titus aboie. Marie-Belle hurle. Le chemisier craque, les seins ballottent, tandis que Marie-Belle essaie de retenir Samia par le col.

- Arrête ! Arrête ! Tu es folle ! Attends ! Je vais t’expliquer !

- M’expliquer ? M’expliquer quoi ? Qu’est-ce que tu vas m’expliquer, espèce de salope !

Samia est recroquevillée sur le canapé. Marie-Belle pèse de tout son poids avec son genou, lui coupant le souffle. Sa main haut levée menace d’un nouveau coup. Celui-ci ne venant pas, Samia reprend un peu d’assurance.

- Bon, j’écris à un type. Et alors ! Qu’est-ce qu’il y a de mal ? En quoi ça te regarde ?

- Ça me regarde… ça me regarde que t’es ici chez moi, t’as l’air de l’oublier.

- Je le sais très bien que je suis chez toi. Mais je peux très bien me débrouiller sans toi. C’est pas moi qui t’oblige, je crois. Et puis d’abord qu’est-ce que t’imagines ? Que ce type-là m’intéresse ? J’en ai rien à foutre figure-toi. C’est juste pour rigoler, tu verrais les mails qu’il m’envoie ! Je vais te montrer si tu veux…

Brusquement, Marie-Belle se redresse.

- Merde, le poisson !

Il est retiré juste à temps de la poêle. Samia se lève, rajuste les morceaux de son chemisier et dispose les assiettes sur la table basse, face à la télévision.

- Tu fais tout en cachette, c’est ça qui ne va pas, fait Marie-Belle. On peut jamais compter sur toi. Tu vas, tu viens, tu repars, tu reviens…

Elle sort le DVD et le glisse dans le lecteur.

- Et en octobre, tu seras là ou tu seras pas là ? Il faut que tu me dises. Il y a le débroussaillage. Tu pourras, où je demande à quelqu’un d’autre ?

Avant la Toussaint, les deux femmes améliorent leur revenu en nettoyant les tombes. Les familles martiniquaises honorent leurs morts, et certaines sont généreuses avec qui leur évite de faire la toilette des sépultures.

L’écran s’anime. Une musique évoquant les mystères attirants de terres inconnues, de peuples différents, s’exhale des deux paires d’enceintes acoustiques. Samia monte un peu le son, tandis que les chœurs font leur entrée. Son oreille gauche siffle un peu. Marie-Belle jette un coup d’œil au générique puis retourne à la casserole où mijote son curry. Des gravures anciennes défilent sur l’écran. Il y a des hommes en train de fuir, d’autres, nus, agonisant sur le sol, des soldats casqués, l’épée à la main, des femmes levant les bras pour se protéger…

- Tu as vu, il y a Sigourney Weaver !

- J’adore. Tu te rappelles, dans « Alien »?

- Ça commence, viens voir.

- Je peux pas, ça va attacher. Qu’est-ce qui se passe ?

- Il y a un texte…

- Qu’est ce que ça dit ?

- Euh…Voilà. « Il y a cinq cents ans, l’Espagne était une nation livrée à la peur et à la superstition, ça c’est bien vrai, sous la loi de la couronne et d’une Inquisition qui persécutait sans merci tous ceux qui osaient rêver, ça, ça n’a pas changé, un seul homme défia ce pouvoir conscient de son destin il traversa la mer des ténèbres en… en quête d’honneurs et d’or pour la plus grande gloire de Dieu ».

Essoufflée, Samia avale une gorgée de rhum-coke, tandis que Gérard Depardieu pèle pensivement une orange en observant l’horizon. Il démontre à son fils que la terre est ronde, comme cette orange. Marie-Belle pose la casserole sur la table basse, Samia la renseigne :

- Il ne s’est rien passé, il dit à son fils qu’il veut aller au-delà de l’horizon.

Au bout d’une demi-heure, Samia trouve que Colomb met bien du temps à partir. Il y a eu quelques scènes d’action, des sorcières brûlées, qui illustraient le fanatisme de ces Espagnols. Elle a relevé une remarque lui rappelant Béatrix. Celle-ci lui parlait souvent de la grande civilisation qu’avaient bâtie les Arabes en Espagne, une sorte d’âge d’or. Samia n’avait jamais entendu parler de cet âge d’or arabe. Et voilà que justement, l’un des personnages du film a confirmé : « Les Maures ont bâti Grenade il y a des siècles. Nous l’avons reconquise. Mais c’est une victoire tragique. Nous perdons une grande culture. ».

Alors qu’elles finissent le dîner, Christophe Colomb lève enfin l’ancre, et ses trois caravelles cinglent vers l’Ouest grâce aux techniques de navigation héritées des Arabes. La traversée menace d’être longue. Marie-Belle, après avoir desservi, s’assied contre Samia, et bientôt pose sa tête au creux de son épaule. Toutes deux se réveillent tandis que Sigourney Weaver autorise Gérard Depardieu à entreprendre un nouveau voyage. Mais celui-ci ne part pas. Samia se roule un pétard. Le film s’éternise en parlotes. Samia allume son joint, aspire profondément et le passe à Marie-Belle.

- Je me demande ce qui serait arrivé si Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique, fait-elle d’une voix dolente. Marie-Belle réfléchit.

- Je suppose que je ne serais pas ici, parce que l’esclavage n’aurait pas été inventé.

- C’est vrai ce que tu dis. Il n’y aurait pas eu d’esclaves. Les Indiens seraient restés tranquilles dans leurs îles. En somme, il est un peu responsable de tout ça. Sans lui, tout aurait été différent.

Titus se recroqueville sous une chaise. Cette odeur, qui lui plaisait tant, est maintenant associée à une incompréhensible douleur, maléfique invention de ces êtres à deux pattes.

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