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Triptyque

Après coup

 

Impatience – Autocritique – Fausse pénitence – Rassurantes statistiques – Pouvoir absolu – Impuissance – Congratulations.

 

Je réussis à tenir toute la matinée, avec l’aide du travail à finir. À midi, je n’y tiens plus. Je descends de l’arceau où j’étais perché pour terminer le branchement des câbles électriques. Roland, passant à côté du bateau, me fait signe :

- Fini, le boulot ?

Une heure plus tard, je suis au centre internet. Je commence à taper, mais je ne suis pas satisfait par ce que j’ai écrit. Et puis, encore attendre une réponse ? Fini, le baratin. Je décide d’appeler, mais je m’accorde encore un moment de réflexion. Je reprends mon vélo.

La route étroite, allant vers le pont-levant et Sandy Ground, passe le long des derniers commerces de Marigot, traverse des parkings presque vides, et longe enfin une bande de terrain bordée par les chantiers. C'est non loin de là que deux ans auparavant un gendarme est mort aux cris de « on a tué un Blanc ». La veuve a exprimé sa tristesse et son étonnement : « Et pourtant, mon mari parlait créole. » Jean-François Copé a affirmé que sa détermination serait totale, et que toute la lumière serait faite. Naturellement, il n’en a rien été.

Mais, bon sang, pourquoi ai-je demandé le remboursement du trajet « aller », qu’elle ne me doit pas, en bonne logique ? Je sais bien, en plus, qu’elle n’en a pas les moyens. Alors à quoi bon la blesser inutilement ?

La réponse m’apparaît brusquement. Il n’y a pas de quoi être fier. Quand Samia a pris l’initiative de m’appeler, quand elle m’a dit pour la première fois par écrit qu’elle est amoureuse de moi, quelle aurait dû être mon attitude, si j’avais voulu la retrouver dans les meilleures conditions possibles ? J’aurais dû se montrer généreux, comme le père de l’enfant prodigue. Au lieu de cela, faraud de sentir les atouts que je croyais avoir en main, j’ai voulu la faire souffrir, l’abaisser. J’ai voulu la mettre à l’amende. J’ai voulu lui faire payer ce que j’appelle un vague caprice, en écho au geste d’Isabelle, quand la mère de Mathilde est partie « juste comme ça ». Je me suis conduit comme un épicier. Je me retrouve dans la peau du monsieur qui doit faire marche arrière, et qui en plus reçoit une leçon d’élégance.

Seconde réconciliation.

 

Je ne suis pas allé la chercher à l’aéroport. Par principe, les retrouvailles devaient avoir lieu à l’endroit d’où elle était partie. Les choses reprendraient alors leur cours normal. L’absence de Samia n’aurait été qu’un accident de parcours.

Quand elle arrive au chantier, nous restons une seconde à nous regarder sans dire un mot, puis elle laisse tomber son sac. Nous nous embrassons comme le feraient deux rescapés d’une mauvaise aventure, deux amants involontairement séparés par un sort funeste.

Le premier soir, je ressens une telle tendresse que je voudrais y sacrifier mon désir. Impossible, évidemment. Nous faisons l’amour de nouveau le lendemain matin. De nouveau, je me laisse aller en elle.

J’ai lu que les chances de conception, chez une femme de quarante ans, ne sont que de six pour cent par cycle. De mon côté, la production de spermatozoïdes est forcément peu abondante, vu mon âge. Je me rassure ainsi, après coup !

Je sais qu’en matière de procréation, un homme a désormais tous les devoirs, mais aucun droit : pas plus le droit d’avoir un bébé contre le souhait de son épouse, que celui de ne pas en avoir quand la femme décide d’en avoir un. Qu’il soit encore dans le ventre de sa mère, et qu’elle décide de le supprimer ; qu’il ne soit pas désiré, et qu’elle veuille le garder ; qu’il ait vu le jour, et qu’elle décide de le séparer de son père : les femmes détiennent tout le pouvoir sur un être que génétiquement n’est de leur descendance que par moitié.

Je n’ignore pas qu’en me fiant à des probabilités, aussi favorables soient-elles, je me mets éventuellement à la merci de Samia.

Pourtant, je fais comme si je n’en savais rien, moi qui toute ma vie a su « faire attention » ; comme si cette bouche étroite et charnue, en forme de cœur, cette peau couleur caramel, ces yeux étirés vers les tempes, avaient la force de me priver de toute volonté.

Elle :

- Jamais je n’ai joui autant, je peux te le jurer. Je ne sais pas comment ça se fait. Pourtant, j’ai connu des partenaires avec qui c’était super. Mais avec toi on dirait… on dirait que je suis quelqu’un d’autre. Et c’est toujours de mieux en mieux. Que tu restes comme ça tout ce temps à bander, c’est incroyable !

L’âge y est peut-être pour quelque chose. Une libido déclinante facilite grandement l’aptitude à « se retenir », mais je ne m’en vante pas.

- Pour moi aussi, c’est de mieux en mieux. Si je bande si bien, c’est parce que tu me plais comme personne ne m’a plu dans ma vie… ou presque personne. Il n’y a eu qu’une seule fille, il y a très longtemps, qui m’ait autant attiré.

Celle à qui je fais allusion a été, en même temps qu’un grand amour, une grande déconvenue, qui s’est soldée par une paire de gifles.

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