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Triptyque

Sexe et duplicité

 

Superbe animal – Jouissances – Une chaîne à ses pieds – Histoire d'H – Violence conjugale

 

Ses ronflements me réveillent. Il ne doit pas être plus de sept heures, à en juger par la lumière rasante. J’attends un moment, puis bascule sur le côté pour m’asseoir. Peu à peu, mes pensées vagues s’ordonnent. Je me redresse, faisant crier mes genoux engourdis. Tandis que chauffe l’eau pour le thé, j’appelle à la radio pour vérifier les horaires d’ouverture du pont-levant. Trois heures à attendre. Ma tasse à la main, je rejoins d’Artagnan dans la cabine. Ma Milady est sur le dos, jambes un peu écartées. Tout en elle respire la vie. Son corps absorbe de l’énergie comme tout organisme sain et vigoureux en a le devoir. Ses muscles au repos se gorgent d’oxygène...

Reposant mon bouquin, je m’enivre de cette beauté. L’imagination me présente, dans un raccourci qui franchit en un instant les millénaires, la splendeur de l’humanité. L’homme, décidément, est un superbe animal. Et moi, je suis une vieille bête, je complète machinalement.

Quand bien même je suis résolu à mettre un terme à notre liaison, il n’y a pas de mal à en profiter. Elle m’a assez enquiquiné pour ça. De même que Françoise, elle a perdu ses droits à la loyauté. Les cadeaux c’est fini ! Veillant à ne pas effleurer une autre partie de son corps, je me positionne au-dessus d’elle, la tête à la hauteur de son pubis. Le sexe de Samia, désormais couvert d’une toison couleur d’encre, m’attire autant que, glabre, il m’a rebuté. D’une langue légère, j’effleure le capuchon du clitoris. Un grognement sourd accompagne une crispation de ses cuisses. Elle jouit une première fois, puis se met sur moi, et me chevauche, avançant et reculant son bassin avec violence, s’interrompant de temps en temps pour reprendre son souffle, collée à moi. Alors nous nous étreignons de toutes nos forces, puis elle se redresse, bras tendus, muscles durcis. Ses doigts se crispent sur mes épaules, comme dans une lutte sauvage. Comme d’habitude je joue le jeu, dominé et dominant à la fois, dévidant une kyrielle d’obscénités, lui frappant les fesses et les empoignant. Elle jouit encore. Nous restons un moment collés l’un contre l’autre, couverts de sueur. Ma queue me fait mal, à force de raideur. Doucement, je repousse Samia, et me mets sur le côté pour la regarder. Il faudra renoncer à ce plaisir...

C’est à mon tour de la maintenir sous mon poids, elle écartelée, et alternant les caresses de sa forte main sur l’un ou l’autre sexe. Elle jouit une nouvelle fois. Je pense à me retirer avant d’éjaculer.

 

Deux heures plus tard, nous levons l’ancre, et passons le pont mobile qu’a franchi « Marjolaine » pour aller au chantier, tout juste un mois auparavant.

- Qu’est ce que tu penserais d’aller à Grand Case ? C’est sympa, il y a une plage agréable, des restos…

- Comme tu veux mon ange.

Je suis redevenu son ange. Mon cœur se serre en songeant à ma duplicité. Mais aussitôt je revois la scène de la veille. Je ne lui dois rien.

Il y a de nombreux bateaux au mouillage dans la baie de Grand Case. Quand j’ai trouvé une place adéquate, j’appuie sur la commande du guindeau. L’ancre plonge dans l’eau. La chaîne se dévide sur une dizaine de mètres, puis se bloque. Le bateau commence à déraper. Je me précipite à l’avant, ouvre la baille à mouillage. La chaîne est coincée par le barbotin.

- Merde !

Je soulage la chaîne en installant un bout’. Je crie :

- Mais bouges-toi, fais quelque chose ! Un marteau, un gros tournevis ! Mes lunettes !

Dans un instant, « Marjolaine » va heurter le bateau placé derrière, et provoquer une catastrophe ! Il est impossible de demander à Samia de manœuvrer au moteur dans ces circonstances. Son inexpérience risquerait de faire empirer les choses. Elle revient avec les outils. Je me domine et la remercie. In extremis, je réussis à dégager la chaîne à coups de marteau, et me rue à l’arrière pour reprendre le contrôle de la situation. Plus tard, je m’excuse :

- Ça n’a pas été vraiment malin de ma part, quand je t’ai dit « fais quelque chose ». J’ai un peu perdu les pédales. Le bateau n’est pas assuré, alors tu imagines les conséquences !

- Mais qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?

- La chaîne est rouillée, elle manque de souplesse.

- Mais pourquoi tu ne la changes pas si elle est trop vieille ?

Je fais un geste fataliste.

- Quatre-vingt mètres de chaîne de dix millimètres, ça vaut deux cents euros. Je n’avais pas assez d’argent.

J’ai mis à ses pieds, avec ses jolies claquettes, au moins quarante mètres de chaîne galvanisée.

Honteux, je me dédommage avec la proposition d’une balade, le soir, et un dîner dans un vrai restaurant. Quelques années auparavant, alors que Françoise était à bord, j’ai repéré un établissement assez chic avec deux billards américains, à l’extrémité du village. La surprise enchante Samia. Après le dîner, nous faisons cinq parties. Elle en remporte deux et jubile :

- Tu vas voir. Bientôt tu n’en gagneras plus une seule !

Un garçon à coiffure rasta, lunettes noires et grosse chaîne en or, vient à côté d’elle sur un des tabourets du bar. Il échange à voix basse quelques mots puis s’en va.

- On rentre ?

Je pense à l’annexe, cadenassée au quai mais exposée aux déprédations. Les jeunes, dans les Antilles, ont tendance à considérer un dinghy comme un jouet mis gratuitement à leur disposition, et ne voient aucune raison de ne pas le traiter avec cette fougue et cette absence de retenue qui rendent l’adolescence si sympathique.

- Attends un peu, il ne va pas tarder à revenir.

- Il ? Tu veux dire le type de toute à l’heure ?

- Oui, il doit me ramener quelque chose.

Je soupire. La drogue, décidément, n’est pas un esclavage que pour l’utilisateur. Une autre consommation. Vingt minutes plus tard, je m’impatiente.

- Tu crois que ça va durer encore longtemps ? Il n’a pas l’air bien sérieux ton fournisseur !

- Si, je pense qu’il est ok. Je l’ai vu cet après-midi, il n’y a pas de problème.

- Tu l’as vu… cet après-midi ? Mais on n’a pas bougé du bateau !

- Il est venu en pirogue, pendant que tu faisais la sieste.

- Tu veux dire que…

Le barman nous jette un coup d’œil réprobateur. Je baisse le ton.

- Tu veux dire que ce type est venu au bateau, et qu’il nous fait poireauter ici. Mais c’est pas possible, que tu sois conne à ce point ! Pendant qu’il nous fait attendre, il est peut-être en train de tout piquer à bord ! Allez, viens, on se tire !

Finalement, mes craintes se révèlent sans fondement. Gêné, je veux m’expliquer.

- Tu sais, ce n’était pas bien prudent quand même. Un type que tu n’as jamais vu, qui vient au bateau, qui nous suit dans la soirée, et qui nous bloque au restau…

Elle me lance un regard méprisant et plante les écouteurs de son lecteur dans ses oreilles. Elle fourrage dans son sac à la recherche de son téléphone mobile et se met à écrire un message, avec sur les lèvres un vague sourire qui ne m’est visiblement pas destiné.

- Samia… Mais enfin je te parle. Tu pourrais avoir la politesse de…

Sans un mot, elle se lève, passe devant moi et descend dans le carré. Je la suis, rageur. On ne peut être plus insultant, plus rustre ! Je m’empare du mobile et vais le lancer à l’eau.

- Salaud ! Regarde ce que tu m’as fait !

Je lui ai égratigné la main en lui arrachant l’appareil. Encore une violence conjugale à ajouter à la liste !

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